• Pauline T

Lecture attentive : lecture-plaisir

Je profite de mes lectures personnelles pour aborder quelques points de langue ou de typo. Les passages cités sont extraits du roman Le Tatoueur d'Auschwitz, écrit par Heather Morris, traduit de l'anglais (Australie) par Jocelyne Barsse.


Doit-on écrire les âges en lettres ou en chiffres ?

Dans l'usage, on rencontre les deux. Dire que l'une ou l'autre option est une faute est abusif. Ce qu'on pourra reprocher à un écrivain est de ne pas suivre la même convention typographique dans l'ensemble de son texte. Feuilletez les romans de votre bibliothèque, et vous constaterez que l'âge des personnages est parfois écrit en chiffres arabes et parfois en lettres. Dans les travaux soutenus, littéraires, je dirais que les mentions en chiffres arabes sont à éviter le plus possible. Les années figurent parmi les exceptions. (Cet article a été écrit en 2021). Sauf dans les travaux scientifiques où les données sont nombreuses, font l'objet d'une comparaison ou d'une analyse. Quel que soit votre parti pris typographique, deux règles : s'y tenir du début à la fin et ne jamais mélanger chiffres et lettres dans une même donnée (un mètre 50). Observons des exemples ci-dessous.

Avril 1942
Le train file à travers la campagne, et Lale garde la tête haute et ses distances. Le jeune homme de vingt-quatre ans ne voit pas l'intérêt d'engager la conversation avec son voisin, qui de temps à autre dodeline de la tête et s'endort sur son épaule. (...)
Il tente d'évaluer les dimensions de l'espace confiné dans lequel il se trouve. La largeur du wagon doit approcher les deux mètres et demi.

Au-delà de cette règle générale, il y a des exceptions qui servent l'objectif de l'auteur. Dans ces cas, écrire en chiffres vise à permettre au lecteur de visualiser. L'auteur fait voir la réalité du personnage. Dans l'extrait ci-dessous, le tatouage est donné à voir au lecteur :

Il [Lale] enfonce l'aiguille, effectue un grand nombre de petites piqûres pour tracer un 3, le plus délicatement possible. (...) Il tatoue les quatre chiffres restants - 4 9 0 2.

Comment transcrire dans le texte les pensées du personnage ?

Les pensées d'un personnage doivent toujours être distinguées des paroles prononcées. J'ai écrit de nombreux articles sur ce blog sur la manière de présenter un dialogue. Les pensées des personnages ne doivent pas être présentées comme le sont les lignes de dialogue. Il convient de choisir une typographie distinctive. L'italique est le plus courant. Pour montrer la pertinence de ne pas reporter parole et pensée de la même façon, j'illustre mon propos avec un extrait qui contient pensée et parole. (Le Tatoueur d'Auschwitz, écrit par Heather Morris)

Comme il ignore sa destination, Lale porte sa tenue habituelle : un costume parfaitement repassé, une chemise blanche propre et une cravate. Être toujours bien habillé pour faire bonne impression.
(...) Son apparence, ses manières lui valent quelques injures. On l'accuse d'être issu d'une classe supérieure. « Regarde où ça t'a mené.» Préférant ignorer ces commentaires, il accueille les regards furieux avec un sourire. À qui j'essaie de faire croire que je n'ai pas peur ? Je suis aussi terrifié que les autres.

Constatez que la parole est mise entre guillemets et la pensée en italique. Je trouve à titre personnel que l'italique évite toute confusion lors de la lecture. L'erreur serait de les mettre entre guillemets qui sont utilisés pour la parole reportée.


Le récit se poursuit et arrive le cas du discours direct, la parole est alors introduite par deux-points et encadrée de guillemets.

On lui pose toujours les mêmes questions. Fatigué, Lale finit par répondre : « Attendons de voir. » Il se demande pourquoi c'est à lui en particulier qu'on adresse ces interrogations. Il n'en sait pas plus que les autres. Certes, il porte un costume et une cravate mais c'est la seule différence entre lui et son voisin. On est tous dans la même galère.

Notez aussi que l'italique et les guillemets ne sont jamais utilisés pour un même passage de texte. C'est l'un ou l'autre. Illustrons et résumons la règle :


  • Citation hors-texte (plus de trois lignes)


Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.Citation.


Mise à la ligne, italique, taille de police inférieure, sans guillemets.




  • Citation dans le texte (moins de trois lignes)

Monsieur l'expert a dit ceci : « Citation. Citation. Citation. Citation. Citation. Citation. Citation.»

Dans le texte, introduite par deux-points, entre guillemets et sans italique.


  • Pensée (mots non prononcés par le personnage)

Pensée. Pensée. Pensée. Pensée. Pensée. Pensée. Pensée. Pensée.

Dans le texte, sans guillemets, en italique.


  • Parole (mots prononcés)

« Paroles. Et Paroles. Et Paroles. Et Paroles. Et Paroles. »

Dans le texte, entre guillemets, sans italique.


Notez bien la ponctuation, qui est à l'intérieur des guillemets quand la citation forme une phrase complète. Pour les autres cas de figure, voir article « Ponctuation et citation »





Une autre bagarre éclate. Des coups. Des cris. Lale ne peut pas voir ce qu'il se passe mais il sent les corps s'agiter, se pousser. Puis tout à coup le silence. Ensuite, ces mots dans l'obscurité.
« Tu l'as tué. »
- Sacré veinard, marmonne quelqu'un.
Pauvre bougre.
Ma vie est trop belle pour se terminer dans ce trou puant.

(Le Tatoueur d'Auschwitz, Heather Morris)

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