• Pauline T

Faut-il une majuscule à monsieur/madame ?

Mis à jour : juin 25

Écrire monsieur avec ou sans majuscule, la question ne se pose pas quand nous écrivons une lettre officielle. Nous savons tous qu'il faut écrire Monsieur ou Madame en toutes lettres et avec une majuscule dans les formules d'appel et de politesse. Vous savez les "Monsieur, Madame," et "Veuillez recevoir, Madame, Monsieur, ..." en début et fin des correspondances écrites.

Cette convention typographique sème le trouble et engendre un emploi fautif de la majuscule pour les titres et fonctions dans les autres textes, contextes, notamment les œuvres écrites de création, romans, essais, etc.


Monsieur avec ou sans majuscule, quelle différence ? Une question de déférence...

Je constate souvent l'erreur chez les auteurs qui veulent bien faire et suivre la règle de politesse qu'on leur a apprise : "on écrit Monsieur/Madame avec une majuscule". Mais c'est un peu plus complexe que cela. En effet, en dehors des deux cas cités précédemment, les titres et fonctions s'écrivent en toutes lettres et sans majuscule la plupart du temps...

Un exemple simple. Imaginez, votre roman raconte ceci :


Ce matin, Gaston sifflote à son poste de travail. Il est responsable de rayon dans une célèbre enseigne de bricolage. Un premier client arrive, il le connaît bien, c'est monsieur Dupuy. Le retraité passe ses journées à réparer des appareils d'un autre temps. Il est loin de se douter que, du temps, il ne lui en reste plus beaucoup.
- Bonjour monsieur Dupuy ! Je me demandais quand vous alliez passer cette semaine.
- Bonjour Luc ! Eh bien, je suis là et j'ai besoin de nouveaux tournevis!

Mais quand une notion de déférence veut être introduite par l'auteur, la majuscule à monsieur se justifie.

La déférence est une considération très respectueuse témoignée à quelqu'un.

C'est la question à vous poser quand vous hésitez entre écrire monsieur avec majuscule ou sans. Voulez-vous exprimer une hiérarchie, la supériorité d'un personnage par rapport à un autre ? Si oui, en tant qu'auteur de roman, vous pouvez attribuer une majuscule à madame/monsieur/maître.

Nous pouvons citer le cas d'un échange entre une domestique et son maître.


Alors que monsieur Hildebrand lit tranquillement son journal, Henriette interrompt sa lecture :
- Le déjeuner est prêt, Monsieur.
- Bien Henriette. Madame est-elle disposée à me rejoindre ?
- Elle est encore souffrante, Monsieur.
- Je déjeunerai donc seul. Vous pouvez disposer.

La majuscule intervient uniquement pour marquer la notion de respect, de supériorité, de servitude, de déférence de la servante à l'égard de son employeur.


Nous pouvons appliquer la même règle au terme "maître". Prenons un exemple :

Dans la série fantastique «  Star Wars », le plus sage des Jedi est sans conteste maître Yoda. Sans lui, Luke n'aurait jamais su comment utiliser la Force. Yoda est aussi célèbre pour l'emploi systématique d'une figure de style, l'anastrophe.

Citons un article publié sur lemonde.fr (2017), par William Andureau, et regardons de près l'emploi de la majuscule pour le terme "maître" :

Au parler de Yoda dans « Star Wars » ces langues ressemblent.
Le maître Jedi de Luke Skywalker s’est rendu célèbre par l’ordre particulier des mots dans ses phrases. Un système objet-sujet-verbe qui correspond à moins de 1 % des langues parlées.
« Beaucoup encore il te reste à apprendre », prévient maître Yoda, s’adressant au comte Dooku, dans Star Wars : épisode II. L’Attaque des clones (2002). Une des nombreuses répliques culte de ce petit personnage vert conçu il y a trente-sept ans, et resté célèbre pour l’ordonnancement fantaisiste des mots dans ses phrases.

Un œil averti aura noté la minuscule à "comte". Eh oui, les "comte, duc, prince, etc." s'écrivent sans majuscule initiale. Et il aura aussi noté le terme "culte" mis en apposition laissé au singulier selon la recommandation de l'Académie française.


Imaginons maintenant un dialogue entre maître Yoda et Luke Skywalker :


-La règle, tu retiendras.
- Oui, Maître. J'ai retenu que la majuscule marquait la déférence d'un personnage envers un autre.
- Prêt tu es pour écrire la nouvelle saga interplanétaire ! Un maître de la littérature tu seras.

Vous comprenez la subtilité ? Quand Luke s'adresse à Yoda, il est en total respect face à lui, donc on met une majuscule à Maître. Mais, à l'inverse, quand Yoda lui dit qu'il deviendra lui aussi un maître de ... littérature (qui l'eût cru !), la minuscule revient en force !


La littérature fantastique foisonne d'exemples de l'emploi de la majuscule pour les titres de civilité et autres. Voici un exemple tiré du roman de science-fiction Chiens de guerre de Adrian Tchaikovsky (éditions Denoël). Le terme "Maître" est écrit avec une majuscule initiale dans tout le roman pour exprimer la servitude/soumission de l'animal à son maître.

« Je m'appelle Rex. Je suis un bon chien.
Quand Rex fonce, l'ennemi est défoncé. C'est une blague du Maître

Donc, s'il n'y a pas cette notion de déférence entre les personnages mentionnés, la majuscule à "monsieur, madame, maître" est superflue :

Aujourd'hui, j'ai croisé le maître d'école de ma fille. Il remplace monsieur Breton parti à la retraite.

Plus jamais tu n'hésiteras. Sinon Rex on t'envoie !


En aparté :

Les abréviations des titres de civilité madame, monsieur sont elles aussi bien souvent malmenées. Voici un récapitulatif :

Monsieur : M.

Au pluriel : MM.

Madame : Mme

Au pluriel : Mmes

Maître : Me

Au pluriel : Mes

On oublie le "Mr" qui est un emprunt à la langue anglaise. Et on ne met pas de point en fin d'abréviation de madame et de maître. Les abréviations s'écrivent avec un point quand elles sont composées des premières lettres du mot. Donc, quand c'est la dernière lettre qui la termine, l'abréviation s'écrit sans point.