• Pauline T

Auteur cherche lectrice ou correctrice ?

Mis à jour : 31 juil. 2019

L'une est la première à lire votre manuscrit avant même l'éditeur-décideur, l'autre est la dernière à le relire avant publication et verdict du lecteur-acheteur. Si elles ont l'art de se faire invisibles, elles ont toutes deux pour mission de tout voir à la lecture de votre texte. Lumière sur deux professionnelles de l'ombre.

Que demande-t-on à une lectrice de manuscrits ?

Le métier de lectrice consiste à lire des manuscrits pour estimer leur potentiel éditorial. La lectrice assiste donc l'éditeur dans son travail de sélection des manuscrits. Vous vous doutez bien que les éditeurs reçoivent des milliers de manuscrits par an. Le service des manuscrits a pour mission d'enregistrer et d'envoyer en lecture les romans et autres proses. Les lectrices lisent des dizaines de manuscrits par mois et expriment leur avis lors d'un comité de lecture. Chaque maison a sa manière de procéder et donne plus ou moins de poids au service des manuscrits. Soit la lectrice communique un avis bref (elle aime ou elle n'aime pas), soit elle rédige une fiche de lecture (comme au collège et au lycée !).

Qui sont les lectrices ?

Le profil est varié. Elles sont parfois elles-mêmes des plumes. Parfois, ce sont des amoureuses de la littérature ou des professeures de lettres. Parfois, ce sont des sommités. Elles sont internes ou externes à la maison d'édition. Elles n'ont pas toutes le même statut. Elles sont stagiaires, bénévoles ou rémunérées à la pièce, au nombre de manuscrits lus.

Comment devient-on lectrice professionnelle ?

Le recrutement des lectrices de manuscrit est assez opaque. Il se fait au hasard des rencontres, par affinité relationnelle, par cooptation. L'éditeur peut identifier une personne de talent ou d'érudition et lui proposer de rejoindre son comité de lecture. Le profil de la lectrice de manuscrits varie selon ce qu'on lui demande de produire : un j'aime/je n'aime pas ou une analyse poussée. Plus les publications sont prestigieuses, et plus la lectrice appelée sera une professionnelle qualifiée.

Quelle rémunération pour la lectrice d'édition professionnelle ?

Les maisons d'édition ne communiquent pas les rémunérations versées aux lectrices. Comme elles ne se vantent pas non plus de confier la lecture des manuscrits à leurs stagiaires ou à des bénévoles. Tout stagiaire en édition se frotte à l'exercice des fiches de lecture. Les auteurs sont loin de se douter que le sort de leur livre peut se retrouver dans les mains d'une étudiante en master ! Mais c'est pourtant parfois le cas. Certains éditeurs ont d'ailleurs laissé s'envoler une plume d'or à cause de l'inexpérience d'un stagiaire.

Avant de subir une série de refus pas toujours expliqués, l'écrivain peut faire appel à une lectrice de manuscrits indépendante. Des amateurs proposent sur Internet des lectures critiques pour 5 € quand d'autres demandent 100 € à 250 € (selon le nombre de pages) pour recueillir un avis argumenté.

Que raconte la fiche de lecture ?

Un premier tri est fait à l'ouverture des enveloppes selon deux critères simples : le texte peut-il intégrer l'une des collections de la maison ? La qualité littéraire est-elle suffisante pour une publication ? Si le texte passe ce premier filtre, il aura le privilège d'être lu.

La fiche de lecture contient un résumé, une analyse littéraire objective et une critique subjective. Le tout justifie une note globale attribuée par la lectrice. Des axes de travail sont aussi indiqués. Tous ces éléments seront étudiés pour décider si le sort du manuscrit doit être discuté lors du comité de lecture. Si, après le retour des lectrices, les avis sont négatifs, fin de la discussion. Une lettre de refus est envoyée à l'auteur. La fiche de lecture est la propriété de la maison d'édition, la lectrice exerce sous devoir de confidentialité.

Comment séduire une lectrice pour ensuite pouvoir convaincre un éditeur ?

Un éditeur peut très bien apprécier un écrit et ne pas le publier, car celui-ci n'entre pas dans sa ligne éditoriale. Seuls 15 à 20 % des manuscrits lus passent en comité de lecture. Et en moyenne, 1 livre est publié sur plus de 5 000 soumis. Alors, comment être le lu et l'élu ?

Se renseigner sur les collections et les genres littéraires publiés par la maison d'édition. Ne pas envoyer un manuscrit tous azimuts ! Ne pas viser les grandes maisons, celles qui ne publient plus d'auteurs inconnus, qui ne tendent le stylo qu'aux personnes publiques, aux politiques et autres personnalités des réseaux sociaux.

Si le manuscrit arrive jusqu'aux mains de la lectrice, cette dernière se pose toujours les mêmes questions : Le style de l'écrivain se distingue-t-il des autres milliers ? L'histoire tient-elle debout ? Le sujet et le contexte sont-ils maîtrisés ? Les personnages ont-ils de l'épaisseur ? L'écrit est-il respectueux de la langue française ? La lecture critique vise à vérifier les points suivants : intérêt, singularité, structure, cohérence, rythme, crédibilité, qualité.

Les manuscrits sont-ils tous lus et lus en entier ?

En théorie, l'éditeur est le premier lecteur. Des éditeurs sérieux et passionnés ouvrent eux-mêmes les enveloppes et lisent tous les manuscrits qui leur sont adressés. Une jeune maison d'édition reçoit 3 manuscrits par jour, les maisons prestigieuses plusieurs dizaines. Mais ces dernières sont segmentées par collection, donc on ne peut pas faire de généralités sur qui lit ou non. Des témoignages de lectrices ne laissent pas de doute possible sur le fait que les romans sont lus au hasard des pages et refermés après 5 minutes de feuilletage dans les cas où elles sont sollicitées pour émettre une opinion superficielle. Peut-on les blâmer ? Faisons-nous autrement lorsque nous sommes dans les rayons de notre librairie préférée ? Je n'ai jamais compté, mais quand je suis en quête de mon roman de l'été, je pense prendre une vingtaine de bouquins en main avant d'en sélectionner un. C'est une erreur de croire que, parce que je suis une lectrice-correctrice, je me sens obligée de tout lire, de m’extasier devant chaque roman édité. Des auteurs en mal de lecteurs me contactent pour que je m'intéresse à leur livre déjà publié. Par politesse, je prends le temps de consulter la quatrième de couverture, si elle présente des fautes, je m'arrête là. Si je m'aperçois que la ponctuation est inexistante dans le texte, je referme. Quand je ne comprends pas où l'auteur veut en venir, je soupire. Quand les ficelles tirées sont usées, je ne perds pas plus de temps à tout lire. Impitoyable, mais vrai.

Quelle différence entre lectrice et correctrice ?

Elle est très simple, la lectrice participe au processus de sélection, mais elle ne contribue pas au travail éditorial. Elle lit de manière critique, mais ne corrige pas. En effet, la correction requiert des compétences plus poussées en orthographe. La correctrice d'édition se concentre sur la qualité linguistique du texte. Elle supprime les fautes d'orthographe, ajuste la ponctuation, corrige les erreurs grammaticales, et signale les améliorations à effectuer par l'auteur. Les rectifications peuvent toucher le texte et sa présentation. La correctrice fait des suggestions que l'auteur valide ou rejette. En résumé, elle donne une belle allure au texte. Si la correction est soignée et pro, elle se fait en plusieurs étapes, avec des allers-retours entre correcteur, éditeur et auteur. Il y a la phase de préparation de copie, celle de la correction, puis la dernière relecture. Les correctrices professionnelles peuvent être salariées ou indépendantes. Leur rémunération est très variable, elle se définit surtout en fonction de l'expérience. Si vous confiez votre texte à une maison d'édition, demandez-lui sa manière de procéder quant à la correction. Si elle répond que ce n'est pas son affaire, qu'il n'y a pas besoin de corriger, ne signez pas avec elle. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe encore des « petites » maisons qui ne font pas relire les textes. Persuadées que le talent de leurs auteurs suffit. Gain de temps et économie d'argent. Si vous respectez vos lecteurs, exigez une relecture professionnelle. Il y a TOUJOURS des fautes dans un texte, même si vous êtes un très bon écrivain !

Lectrice, correctrice, éditrice... À chaque étape de l'écriture, son interlocutrice.

Trop souvent, les écrivains inexpérimentés passent des mois à écrire, puis ils n'ont qu'une idée en tête, soumettre leur écrit à l'appréciation d'une éditrice en zappant des étapes essentielles qui font partie du processus créatif. Voici lesquelles.

Consultations éclairées sur les univers abordés : Ne restez pas seul face à votre copie. L'auteur qui écrit frénétiquement son œuvre en une nuit sans consulter personne n'existe pas. Les auteurs expérimentés, déjà publiés, font appel à des consultants dès lors que leur histoire évoque des professions, des sujets ou des profils particuliers. Vous ne pouvez pas vous lancer dans l'écriture d'un roman policier sans connaître les rouages de la justice ET de la police du pays décor de votre histoire. Idem pour l'époque dans laquelle s'incrustent vos personnages.

Lecture critique : Votre travail d'écriture terminé, qui peut lire de manière constructive votre texte ? Votre mamie qui ne voit plus bien clair ? Votre cousine qui s'ennuie ? Cela a ses limites. Envoyer votre texte à une lectrice professionnelle vous garantit une lecture réalisée à travers le prisme éditorial (texte publiable ou non). La lectrice écrira une fiche de lecture dont vous pourrez prendre connaissance – contrairement à celle de la maison d'édition qui se contente d'envoyer des lettres de refus. Ce premier retour vous fera prendre conscience des défauts et limites de votre écrit, et surtout des améliorations à apporter. Vous pourrez échanger de manière professionnelle et directe avec elle.

Correction approfondie : La correction doit se faire après la lecture critique et les gros « remaniements ». La correction d'un texte non abouti est contre-productive. Une correctrice vous donnera bien sûr son avis, elle connaît aussi très bien les défauts rédhibitoires aux yeux des éditrices, mais cela va ralentir votre travail, car vous devrez réécrire beaucoup de parties et repasser par la case correction ensuite. C'est surtout une question de coût. Si vous passez directement à la case correction, vous prenez le risque de vous adresser à une professionnelle qui corrigera votre texte sans vous dire honnêtement que votre roman est mauvais, parce que ce n'est pas inclus dans le devis !

Donc, pour faire les choses dans l'ordre :

1 - Écriture avec consultations

2 - Lecture critique par une lectrice de manuscrits

3 - Correction approfondie par une correctrice professionnelle

4 - Soumission à une éditrice

Tout le monde écrit de nos jours, mais de moins en moins de personnes lisent. Les jeunes auteurs doivent intégrer une réalité économique : éditer un livre coûte financièrement à une maison d'édition, alors elle ne publiera pas un livre si elle n'est pas sûre d'en vendre des milliers d'exemplaires. Beaucoup d'auteurs pensent avoir trouvé la parade à l'indifférence des éditeurs traditionnels et optent pour la publication numérique. Résultat des courses, quand on visite les sites Internet de publication numérique, aucun avis laissé sur des centaines de livres proposés à la vente. Personne ne les lit. Parce qu'il ne faut même pas une minute pour repérer la première faute lors du feuillage numérique proposé, parce que le résumé de la quatrième de couverture est scolaire et ennuyeux, parce que l'écrivain ne s'est même pas posé la question de l'intérêt de son histoire...