«Correcteur»: métier peu reluisant ?  

«Tous les perruquiers sont d'accord à dire que plus les chevelures sont peignées, plus elles sont luisantes.

Il en est de même du style, la correction fait son éclat. »  Gustave Flaubert. 

 

On en dit tellement peu au sujet du correcteur, et pourtant si souvent n'importe quoi, qu'il mérite bien une définition pour remettre les points sur les i et les barres sur les t. 

Correcteur : Personne qui corrige les épreuves d'imprimerie, qui est membre d'une équipe de correction.

Le correcteur cherche les fautes d'impression, les coquilles, les lacunes, les doublons… pour les corriger. 

© 2017 Dictionnaires Le Robert - Le Grand Robert de la langue française

Et de préciser qu'on peut citer dans la famille des correcteurs : le chef-correcteur, le correcteur-réviseur, le préparateur de copie, le correcteur d'impression, le correcteur de presse. 

Il est écrit que le correcteur cherche les fautes. Vous noterez qu'il n'est pas spécifié qu'il les trouve. Nous voilà libérés d'un point énorme, nous les correcteurs imparfaits. Pas de hara-kiri en cas de défaillance (la coquille non vue). Cette définition me semble un brin réductrice, car le correcteur indépendant n'est pas mentionné. Il peut travailler sur site ou en télétravail. Il ne se cantonne pas à la correction d'édition et relit des documents très divers. 

Les mots du correcteur

Une correction professionnelle suit un processus bien défini. Quand on est auteur novice, on peut se demande comment se déroule la phase de correction en édition. Focus sur la partie du travail qui incombe au correcteur. 

Si chaque maison a sa marche éditoriale, de grandes étapes sont incontournables à la relecture d'un livre, et ce, quel que soit le lectorat ciblé :

- la préparation de copie ;

- la correction d'épreuve.

L'ultime étape étant la signature du bon à tirer (BAT). 

La généralisation du traitement de texte par ordinateur aidant, les feuillets manuscrits remis à un éditeur sont rares. Mais si c'est le cas, un opérateur de saisie entre en jeu. Le plaisir d'écrire un stylo à la main anime encore certains créateurs littéraires, l'amatrice de graphologie que je suis s'en délecte. Si vous êtes l'auteur désuet d'un manuscrit et rechignez à produire vous-même un tapuscrit, je vous invite à prendre contact ici : Saisie de texte. Dans une configuration plus actuelle, le texte est saisi et enregistré dans un fichier informatique. 

Le texte d'édition va être confié à un correcteur professionnel pour l'étape de la préparation de copie, qui concerne :

- les feuillets de style ;

- les tables ;

- la mise aux normes typographiques ;

- la correction et la réécriture (suggestions).

Après ce premier travail de relecture, le texte est mis en pages et fixé.

Une validation doit être faite par l'éditeur et l'auteur. Les modifications apportées, le texte est de nouveau soumis au regard aguerri d'un lecteur professionnel.

Ce dernier vérifie :

- l'harmonisation de la présentation ;

- la cohérence de la structure ;

- le bon usage de la langue et de la typographie. 

La correction sur épreuve peut se faire sur papier ou sur écran. En effet, les versions montées des ouvrages (PAO) sont aujourd'hui souvent transmises au format numérique. Le correcteur indépendant annote le fichier en commentaires et doit donc savoir intervenir dans un environnement informatisé. Quand une page subit des corrections multiples lors de cette nouvelle phase de correction, l'éditeur renvoie le fichier au professionnel pour une dernière relecture.

Le nombre d'intervenants varie d'une maison d'édition à une autre. Le secteur de l'édition étant en pleine mutation, le métier de correcteur devient synonyme de flexibilité.

Les compétences du correcteur 

Il est évident qu'on demande en premier lieu à un correcteur d'être fiable dans le domaine de la langue française.

S'il est indépendant, le correcteur doit développer des capacités d'adaptation pour la très simple raison qu'il reçoit des demandes émanant d'entreprises qui ont chacune leur procédure (process). Rares sont les correcteurs à officier dans une seule maison ou entreprise. Et de ce constat découle une autre nécessité, celle de savoir définir les priorités (« prioriser »  comme on dit !) et s'organiser. Pour être à la hauteur et espérer que le client nous rappelle, il faut très vite assimiler tout cela et gagner en autonomie. Eh oui, pas possible d'aller toquer toutes les deux minutes à la porte du chargé de projet. Savoir faire le tri entre ce qui est important aux yeux du client et ce qui ne l'est pas s'acquiert avec l'expérience. Prendre l'initiative de se renseigner sur un sujet, un secteur ou une activité, c'est aussi cela être performant en tant que correcteur. Stressant tout cela, non ? C'est une gymnastique quotidienne. La résistance au stress est l'impératif suprême de la vie professionnelle. Si je devais énoncer les compétences professionnelles propres au correcteur, je dirais : concentration, mémoire, précision, sens du détail et une grande curiosité. 

Les qualités du correcteur 

On attend du correcteur des compétences professionnelles, mais qu'en est-il des compétences comportementales qui font toute la différence ? Car si vous avez besoin d'un pro de la correction, vous avez aussi envie d’interagir avec une personne dotée de certaines qualités humaines. Si vous soumettez votre texte à la critique, ce n'est pas pour revivre vos cauchemars scolaires ou vous heurter à un prestataire arc-bouté sur ses positions et sourd aux requêtes particulières. Alors, quelles sont les qualités d'un vrai bon correcteur (pas celui qui dégaine son stylo rouge plus vite que son ombre et prend un malin plaisir à souligner vos lacunes) ?

- L'empathie.  Apporter une solution de correction à qui en a besoin, voilà la mission du correcteur professionnel. Sans jugement. Se mettre à la place de l'autre et comprendre quel est son besoin. Avoir ressenti le stress du dépôt d'un mémoire universitaire. Avoir essuyé les réflexions négatives du directeur de thèse sur la forme de votre écrit et rester sur ses interrogations sur le fond. Avoir vécu des bouclages tardifs parce qu'on ne maîtrise pas tout dans un projet qui inclut de nombreux interlocuteurs. Savoir qu'il y a des enjeux derrière un écrit. Respirer un grand coup et se mettre en apnée, se concentrer sur le texte.

- La bienveillance. Une qualité liée à la précédente. Rien de plus désagréable pour un auteur de recevoir sa copie corrigée avec des triples points d'exclamation inscrits en rouge. L'intention du correcteur doit être de valoriser les idées de l'auteur, d'effacer discrètement les erreurs et de peaufiner le reste. Avoir un esprit critique ne signifie pas dévaloriser l'auteur du texte. Je suis correctrice parce que j'aime aider les gens, et non parce que j'aime étaler un savoir bien relatif !

- La modestie. Choisir un professionnel qui se pense omniscient et maître en tous sujets liés à la langue française serait une grave erreur. La mission du correcteur n'est pas de tout savoir, mais de tout vérifier. Des certitudes jaillissent les erreurs. 

- La curiosité. S'intéresser à tout, aborder des questions improbables ou étrangères à nos appétences initiales. Est bien chanceux le correcteur qui ne travaille que des textes consacrés à ses sujets de prédilection. Il n'y a pas non plus de documents dignes d'être relus et d'autres voués à la médiocrité. Quel que soit votre écrit, il mérite l'attention d'un correcteur ou d'une correctrice. 

- La motivation. Si le correcteur n'est pas doté des qualités citées précédemment, il n'aura pas la motivation pour déployer son énergie ni mettre toute sa concentration à corriger un texte dont il n'est pas l'auteur. Quand certains rechignent à relire des documents en dehors des maisons d'édition, je me dis que chaque texte a droit au soin d'un correcteur.